Remonter une pompe installée au fond d’un forage de plusieurs dizaines de mètres n’a rien d’anodin : le poids du tuyau, du câble et de la colonne d’eau se cumule, et un faux mouvement peut coincer l’ensemble. Avant toute intervention, on coupe l’alimentation, on prépare le bon matériel et on remonte la pompe lentement, sans à-coups. Je vous explique ici la méthode que j’applique sur le terrain pour sortir une pompe sans rien casser, ce qu’il faut faire quand elle reste bloquée, et comment la redescendre proprement ensuite.
Guide rédigé par
Julien Mercier
Expert aménagement extérieur, arrosage & pompes à eau
7 ans d’expérience · spécialité
On ne remonte jamais une pompe immergée par plaisir : l’opération demande du temps et un peu de force. On la sort le plus souvent pour une panne (la pompe ne débite plus, le disjoncteur saute, le débit a chuté), pour un entretien lourd comme un détartrage ou un changement de pièce, ou pour remplacer un modèle en fin de vie. Une chute du niveau d’eau dans le forage, qui provoque un manque d’eau et fait tourner la pompe à sec, est aussi un motif fréquent de remontée.
Avant de se lancer, mieux vaut un bon diagnostic pour éviter de retirer la pompe inutilement. Inutile de tout démonter si le souci vient du boîtier de commande, du condensateur, du moteur côté alimentation ou d’un clapet anti-retour grippé en surface. Je conseille toujours de contrôler d’abord ce qui est accessible sans effort, puis de remonter la pompe seulement si le dysfonctionnement vient bien d’elle. Cela évite une manipulation lourde et risquée pour rien.
Quelques contrôles simples permettent souvent d’éviter une remontée. Vérifiez d’abord l’alimentation : disjoncteur, coffret et boîtier de commande, puis l’état du condensateur sur les modèles monophasés. Un moteur qui ne démarre pas, un fusible qui claque ou une absence totale de débit orientent le diagnostic. Mesurez aussi le niveau d’eau dans le forage : un manque d’eau temporaire suffit à mettre la pompe en sécurité sans qu’elle soit en cause.
Si tout est correct en surface et que la pompe reste muette, le dysfonctionnement vient probablement du moteur immergé ou de la partie hydraulique. C’est seulement à ce stade qu’il faut retirer la pompe pour l’inspecter. Cette logique de diagnostic, du plus simple au plus lourd, vous évite de retirer une pompe parfaitement saine et de vous épuiser pour rien.
Le bon équipement change tout. Prévoyez des gants solides, un trépied ou un point d’ancrage au-dessus de la tête de forage, une corde de sécurité résistante et, pour les pompes lourdes ou très profondes, un treuil ou un palan manuel. Un second opérateur est presque indispensable au-delà de vingt mètres : le poids du tuyau de refoulement gorgé d’eau surprend toujours.
Préparez aussi de quoi recevoir et poser la pompe : une bâche propre au sol, des colliers pour maintenir le tuyau au fur et à mesure, et un seau pour les égouttures. Repérez à l’avance la profondeur d’installation et le type de raccord en tête de puits. Ce repérage évite les mauvaises surprises et vous dit tout de suite si vous pouvez remonter à la main ou s’il faut un moyen de levage.
Une fois le matériel en place et l’alimentation coupée, la remontée se fait lentement et de façon régulière. L’idée est de ne jamais forcer en biais : on tire bien dans l’axe du forage pour éviter que la pompe ne se mette de travers et se coince. Voici la procédure que je suis à chaque intervention.

Une pompe qui bloque en cours de remontée est la hantise de tout le monde. Le plus souvent, elle s’est mise de travers, un dépôt de sable ou de calcaire a réduit le passage, ou le tuyau a fait un coude contre la paroi. La règle d’or : ne pas forcer comme une brute. Un effort brutal peut sectionner le tuyau et laisser la pompe au fond, ce qui transforme une remontée en vrai chantier.
Maintenez une tension douce et constante, puis essayez de faire pivoter légèrement l’ensemble d’un quart de tour pour le réaligner. Redescendez de quelques centimètres si besoin pour libérer le point dur, puis retirez à nouveau. Si rien ne vient après plusieurs tentatives calmes, mieux vaut s’arrêter et appeler un professionnel équipé d’un treuil et d’outils de pêche : c’est plus sûr et souvent moins coûteux qu’une casse.
💡 L’astuce du pro
Avant de remonter, mesurez le niveau d’eau et notez la profondeur exacte de la pompe. En connaissant la hauteur de colonne d’eau dans le tuyau, vous anticipez le poids réel à soulever et vous évitez de vous faire surprendre à mi-course, au moment précis où l’ensemble pèse le plus lourd.
— Julien Mercier, Expert aménagement extérieur, arrosage & pompes à eau
La pompe à l’air libre, profitez-en pour un vrai contrôle. Examinez la crépine d’aspiration, souvent colmatée par le sable, le corps de pompe et la turbine. Vérifiez l’état du câble électrique sur toute sa longueur : une gaine fendue laisse entrer l’eau dans le moteur et provoque une panne à coup sûr. Contrôlez aussi le clapet anti-retour, qui se grippe avec le calcaire et empêche la pompe de garder son amorçage.
Un nettoyage doux suffit dans la plupart des cas : brosse souple, eau claire, et trempage dans du vinaigre blanc pour le calcaire incrusté. Si vous constatez un jeu anormal de la turbine, un roulement bruyant ou un câble abîmé, c’est le bon moment pour intervenir et entretenir la pompe avant de la redescendre, pour ne pas endommager le moteur ni risquer une nouvelle panne. Pour aller plus loin sur ce point, suivez le guide pour vérifier le bon fonctionnement de la pompe avant la réinstallation.
Réinstaller la pompe demande autant de soin que la remonter. On redescend lentement, bien dans l’axe, en accompagnant le tuyau de refoulement et le câble électrique sans les coincer contre la paroi. Le câble se fixe au tuyau tous les deux ou trois mètres avec des colliers adaptés, jamais trop serrés, pour qu’il ne frotte pas et ne s’use pas pendant que la pompe travaille.
Veillez à respecter la profondeur d’origine, en laissant la pompe à bonne distance du fond pour qu’elle n’aspire pas le sable et reste toujours immergée sous le niveau d’eau. Une fois en place, remontez le raccord de tête de puits, rebranchez au coffret, puis remettez le courant et contrôlez le débit et la pression à la première mise en route. Un test de quelques minutes confirme que tout fonctionne avant de refermer.
La meilleure façon de ne pas avoir à retirer sa pompe trop souvent reste l’entretien préventif. Une maintenance régulière, qui consiste à contrôler le clapet anti-retour, la conduite d’aspiration et la pression à chaque saison, permet d’anticiper l’usure et d’assurer un fonctionnement stable dans la durée. Bien entretenir sa pompe permet de prévenir l’usure du moteur, de garder son débit et de prolonger sa durée de vie de plusieurs années.
Le type de pompe joue aussi. Une pompe submersible de forage qui alimente la maison en eau potable réclame une eau propre et un contrôle du niveau pour ne jamais aspirer le sable. À l’inverse, une pompe de surface installée en tête de puits s’entretient plus facilement puisqu’elle reste accessible. Bien choisir et bien dimensionner sa pompe, c’est déjà s’éviter des remontées à répétition.
Tuyau de refoulement : Conduite qui remonte l’eau de la pompe vers la surface ; c’est par lui que l’on tire pour remonter l’ensemble.
Crépine d’aspiration : Filtre placé à l’entrée de la pompe qui retient le sable et les particules ; il s’encrasse vite en eau chargée.
Clapet anti-retour : Pièce qui empêche l’eau de redescendre dans le forage et maintient l’amorçage de la pompe.
Tête de forage : Partie visible du forage en surface, où arrivent le tuyau et le câble et où se fait le raccordement.
Niveau d’eau : Hauteur de la nappe dans le forage ; la pompe doit toujours rester immergée sous ce niveau pour ne pas tourner à sec.
Un guide signé
Julien Mercier
Expert aménagement extérieur, arrosage & pompes à eau
7 ans d’expérience · spécialité